Faut-il espérer mieux pour une mare, un roseau, un chiendent,
Que le passage obligé d'une âme encore verte,
Et que dans le sourire plus léger de son antichambre
Leurs coeurs viennent s'y loger?

Ainsi chapeautés au retour de leurs sommeils étranges,
Et pourvus d'un nouvel habit,
Quand la lumière coulerait encore sur leurs dents,
Auraient-ils moins de courroux?

Des pieds de neiges couvertes de chlorophylle,
Ajoutés comme des branches à leurs larges aisselles,
Ils avanceraient à pas longs, en rangs de mers ou de momies,
Comme des parfums de soldats que les pierres filtrent.

Couverts de cerf et de ményanthe,
Chercheraient-ils dans la touffeur humide des mânes,
Au point d'y laisser naître un long soupir,
Le désir sauvage qu'ils cachaient dans leur flanc?

Derrière la grille, vrillant au ciel comme des éphémères,
Encore couverts peut-être du châle de leurs fièvres,
Chanteraient-ils dans la naissance d'un muscle
la première odeur de leur cerveau?

Que feraient-ils alors de ces cages d'or pour lesquelles,
Vêtus de sable et de fil léger,
Ils taillaient dans les pépites de la lande,
Des lignes de rayons et des sacs de lumière?

Que feraient-ils quand au seuil de cet étal,
Couchés dans l'ombre des branches de saule,
Les primevères qu'ils rongeaient à l'automne
Faisaient encore leur fortune?
Copyright ©2019 Benoit Rouer - Artiste plasticien - Trentels - Lot et Garonne - Tous droits réservés